Mais en fait, les motos, le pointage, les temps en spéciale, les trajectoires, le classement, tout ce qui parait l'essence même de la compétition, a finit par passer au second plan au fil des années.
L'essentiel du Moto-Tour, pour moi, ça a été le partage et les rencontres.
Il y avait énormément d'entraide :
- les jeunes mécanos en apprentissage d'une école de Montpellier, qui, sous la banière de la Mutuelle des Motards, s'occupaient le soir des concurrents sans assistance (ça a parfois été mon cas) : après plusieurs centaines de km sous la pluie, voir quelqu'un s'occuper de ta moto, graisser et retendre la chaine, ou changer les plaquettes, alors que tu n'es plus qu'un zombie en combi de cuir gorgée d'eau, c'est vraiment super
- entre concurrents aussi, pas de coup bas : prêt d'outils, échanges d'infos sur les modifs de road-book et autres pour ceux qui avaient loupé le briefing du soir. Au moment de pointer à l'arrivée d'un CH, on calculait son heure de pointage et on comparait avec celui de devant et de derrière pour être sûrs (imaginez arriver très très juste au pointage à un CH, donc avec l'angoisse de pointer en retard, ou en avance si on se trompe, et devoir calculer rapidement 7h-42min-30s (heure de départ) + 2h37min, alors que vous vous êtes levé à 4h00 et que vous venez de tordre la poignée en lisant un roadbook pendant deux heures et demie !
La semaine passait vite et surtout avec une densité extrême. En plus des heures de route, chaque minute comptait : entretien de la moto, infos au briefing, trouver un resto pas trop loin du parc, et DORMIR pour conserver un max d'énergie. Le matin, dès le réveil, le chrono tournait dans la tête, calé sur l'heure de départ du jour.
Les plus courageux (inconscients ?!) se pointaient au départ sans assistance, avec une tente et un duvet sanglés sur la selle. Il y avait toujours une assistance d'un autre pilote prête à transporter leurs affaires jusqu'à Toulon.
Perso, c'est mon père qui m'a fait l'assistance en voiture, mais pas toujours la semaine complète, ce qui m'a permis de rencontrer l'équipe des ZZ-Rider, qui m'ont transporté mon sac, puis au fil des années intégré à l'équipe. Ils m'ont carrément sauvé, une année, en venant me récupérer quand ma Versys avait cramé son régulateur à qq km d'une arrivée (les mécanos de Kawa-France, qui avait une "Opération-Versys" cette année là , ont dépouillé pour moi leur moto de rechange, j'ai pu repartir le lendemain !).
L'assistance du paternel, c'était top : ancien pilote de rallye auto en amateur dans sa jeunesse, il a su passer outre les quelques coups de gueule de ma part dus au stress, et savourer la semaine en spectateur privilégié. Se se laisser conduire le soir vers l'hôtel, enfoncé dans le siège d'une voiture, sans s'occuper de l'itinéraire, quel plaisir !
Ca c'était avec mes motos modernes (Yam 600 TTR, Kawa 500 KLE et 5 fois en Kawa 650 Versys). Cette année avec la LC, j'ai bien senti que j'aurais besoin d'un coup de main supplémentaire, ne serait-ce qu'à cause des trajets pour me rendre au départ puis remonter de Toulon (à supposer que j'y arrive !), car je n'ai pas de remorque et il n'y a pas d'attelage sur la Lexus du paternel. C'est Joffrey, un bon pote motard avec qui je bosse, qui m'a proposé de renforcer l'assistance. Il a été parfait, toujours à l'heure aux rendez-vous-essence au milieu de nulle part, cajolant la moto le soir, me filant un bon coup de main pour changer les gicleurs une demi-heure avant ma série sur le circuit d'Alès (je vous raconterai plus tard mes déboires mécaniques et autres de cette année).
Avec les bénévoles aussi, une forme de lien s'est tissée au fil des ans. On a retrouvé les même chaque jour, puis chaque année, au contrôle technique avant le départ, puis aux CH et CP, aux parcs fermés, et aux départs de spéciales : " Tu pars à 42'00, je te donnerai une tape sur la fesse". Ca crée des liens, forcément, les tapes sur la fesse ! Parfois, j'ai eu le temps le jeudi d'acheter Moto-Journal pour l'offrir aux commissaires du CP du jour. Cette année je m'étais imprimé deux autocollants "Merci à tous les bénévoles " que j'avais collés sur le réservoir. Dimanche dernier, j'en ai croisé quelques uns au resto, sur la plage du Mourillon, après l'arrivée, je leur ai serré la louche, il y a même eu des bises, j'ai bredouillé un merci, ma voix n'était pas très ferme...
